Archives pour avril 2010

Physique Antique

C’est drôle de penser qu’il y a des choses que les enfants apprennent, que les adultes ignorent. Comme si passé un certain âge, une partie de nos connaissances tombait inévitablement dans l’oubli.

Par exemple, à 10 ans, on sait que les plaques du stégosaure lui servent à recuillir la chaleur du soleil. On sait aussi que les ornithorynques sont des mammifères, qu’Uranus a 27 satellites, et on connaît parfaitement le sens de la phrase : « Que j’aime à faire connaître ce nombre utile aux sages ! » Mais les adultes, ils ont oublié ces choses là.

En visitant le site du téléscope Hubble (où sont publiées de magnifiques photos de notre Voie Lactée), je suis tombée par hasard sur une image de la Mystic Mountain (Photo), un impressionant amas de gas dans la nébuleuse Carina, située à 7500 années-lumières de San Francisco.

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7500 années lumières, cela signifie que cette photo récente représente cette région de l’univers telle qu’elle était il y a 7500 ans ; le temps qu’il a fallu à la lumière émise là-bas, pour arriver ici.

Et une année-lumière, c’est long.
La lumière voyage à 299 792 kilomètres par seconde. Une année de voyage représente donc une distance de 299 792 kilomètres x 3600 secondes/heure x 24 heures/jour x 365 jours/an, soit environ 9 500 milliards de kilomètres.
Multipliez cela par 7500 et vous saurez où chercher les pilliers de gas de la nébuleuse Carina. Au passage, ils sont eux-même longs de 3 années lumières. Oui.

Lorsque j’étais enfant, je me souviens avoir été fascinée par l’idée que si un extra-terrestre situé à cet endroit de l’univers prenait son téléscope pour observer la Terre, au moment exact où je vous parle, il y verrait des hommes préhistoriques du Mésolithique.

Cela me donnait des frissons, de plaisir et d’angoisse. Les témoignages de notre passé flottent encore et à jamais dans l’univers sans limite, prêts à être recueuillis.

Quand on est enfant, on a tout loisir de s’attarder sur les aspects ludiques et charmants de la science physique. Puis on grandit, et on apprend des trucs du genre :

L’équation du mouvement orbital est : r = a(1 – e2)/(1 + e cos f)
- où a est l’axe semi-principal, la moitié de la plus grande longueur de l’ellipse (vu que l’ellispe n’est pas ronde),
- e est le coefficient d’excentricité elliptique : il est égal à zéro si l’ellipse est un cercle parfait, et à 1 si l’ellispe s’étend à l’infini (ce qui est purement conceptuel, cela s’entend),
- et f, euh…. c’est l’angle polaire ?

Et ça, ça efface le reste.
On oublie toutes ces histoires d’extra-terrestres et d’hommes préhistoriques au moment où l’on passe le Bac.

Conflit d’intérêts

Cette semaine mon boss m’a dit : « Thanks for meeting my other client. The interview went great, they really liked you. » Puis il a marqué une pause, et il a ajouté : « But I think the Executive Director wants to hire his fiancée for the position. »

J’ai dit : « Oh. »
Il a dit « Yeah… » un peu blasé.

Puis nous sommes retournés à nos papiers.

Opacité

Aujourd’hui nous sommes le 20 avril. Plus que 10 jours à tenir avec zéro dollars sur mon compte. Je commence à devenir plus intime avec ma carte de crédit. Je l’emporte avec moi, elle me fait des avances, je les accepte, je les repaie, parfois pas…

K______ finit de monter son court-métrage. C’est une adaptation moderne de Shakespeare, dans laquelle Hamlet, Prince du Danemark, abat un arbre dans la forêt san franciscaine, se consruit une batte de baseball sur un tour de menuisier, puis la grave, avec une loupe, de quatre lettres fatidiques : THUS. Il part ensuite à la recherche de Laërte dans l’intention de lui exploser le crâne. Le tout sur fond de relation dysfonctionnelle entre Hamlet et Ophélie, qui, esseulée, se réfugie dans les tâches domestiques et se bourre d’antidépressants avant de mourir de tristesse dans son jacuzzi. Le film est très esthétique et un peu violent, en noir et blanc.
K______ doit finir de l’éditer avant 16 heures pour le donner à un des ses profs, un spécialiste du son.
Je l’entends insulter son programme de montage.

Il pleut dehors.
J’ai un entretien d’embauche aujourd’hui.

J’ai besoin de vacances. À Napa? À San-Diego? N’importe où.

On tourne !

Mon appartement est un studio de cinéma ce soir.
Prends garde mon amour, il se peut que je te poignarde !

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Un petit garçon adorable

J’étais à la caisse « moins de 15 articles » du supermarché au bas de chez moi, ce soir. Devant moi, dans la queue, il y avait une famille black :
1. le papa, avec 5 bidons de lait et du papier toilette dans son caddie,
2. la petite soeur, en train d’envoyer des textos de son portable,
3. et un bébé dans une poussette.

Je me suis rapprochée de la poussette pour voir le visage du bébé qui me tournait le dos. Et en m’approchant, je me suis rendue compte que ça n’était pas un bébé. C’était un petit gars de 2-3 ans, en train de mater Cars, le film de Pixar, sur un mini lecteur DVD portable. Et ce petit gars, il tenait sans sa main gauche un rouleau de carton tout mangé et plein de bave.
« Est-ce qu’il est en train de manger ça ? » je me demande, naïvement. Et là je le vois déchirer un gros morceau de carton avec ses dents et le mâchouiller, sans décrocher les yeux de son film.

Alors bien sûr, avec toutes les bonnes intentions du monde, j’essaie trouver son père du regard pour le prévenir. Le père me voit, et me fait un clin d’oeil en chargeant les bidons de lait sur le tapis de caisse. Il me dit, avec un grand sourire :

« He likes the paper! »

Evidemment, là, je n’ai pas insisté. J’ai éclaté de rire. Le petit gars s’est tourné vers moi dans sa poussette, pour voir ce qui se passait. Il m’a lancé un regard agacé, du genre « k’est-ce tu veux toi ? » tout en mâchouillant.

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Miam !

Je me demande si c’était un rouleau de papier toilette ou rouleau de serviettes en papier. Il n’en restait pas grand chose.

Pierre Bonnard et les esprits des arbres

Table Set in a Garden - Pierre Bonnard

J’ai ce poster dans ma chambre ; un imprimé de la Table au Jardin de Pierre Bonnard. J’aime les différents tons de vert des feuillages, et la rupture, douce, avec le rouge de la chaise et le rose sur la nappe. Je me souviens avoir lu quelque part que Gauguin aimait utiliser dans ses toiles, une couleur primaire (ce serait le magenta ici) et sa couleur complémentaire (cyan + jaune = vert). Gauguin espérait ainsi libérer la peinture de son devoir d’imitation de la réalité, en encourageant l’utilisation de couleurs exubérantes. Je pense que Bonnard, au travers du mouvement Nabi, adhérait à cette vision.

En observant cette reproduction dans ma chambre, je me demandais pourquoi deux tasses de café sont posées sur la table alors qu’il n’y a qu’une seule chaise. Et cette tâche lumineuse posée derrière la tasse de café bleue, s’agit-il d’une théière ou d’une boule de cristal ? Sommes-nous à la table d’un diseur de bonne aventure? Les personnages ont quitté la scène.

Il y a quelques jours, j’ai remarqué qu’il y avait en fait deux personnages dans ce tableau. Deux visages se cachent dans les feuillages, à gauche du tronc d’arbre. On voit l’ombre des yeux et de la bouche, ainsi que la forme du nez. J’ai admiré cet imprimé pendant un an sans ne jamais les apercevoir, mais depuis que je les ai vus, je n’arrive plus à les ignorer. Je ne pense pas que ce soit une coïncidence, un grand maître ne laisse pas de place pour une coïncidence de cette taille.

Si vous ne les voyez pas, cherchez un point rouge dans les branches, à gauche du tronc. De part et d’autre de ce point il y a deux tâches sombres : ce sont des yeux. Le second visage est légèrement au dessus, à droite du premier.

J’ai fait quelques recherches sur Internet mais j’ai été incapable de trouver quoi que ce soit sur le sujet. Que cherchait-il à dire?

La fille qui m’offrait des fleurs

J’ai passé l’après-midi chez Ma___, une jeune-fille que j’ai rencontré à la soirée des sept péchés capitaux la semaine dernière. Elle habite sur Valencia Street, dans un grand appartement victorien au murs peints de couleurs vives. Ses deux colocataires sont photographes ; il y a des photos de nus et de paysages dans toutes les pièces.
Ma___ voulait me revoir pour parler Français. Nous avons passé la journée à rire et à nous raconter nos vies autour d’un gâteau au citron qu’elle avait fait la veille, et quelques verres de vin italien. Elle m’a aussi fait goûter du chocolat 100% cacao que son ami cubain lui a apporté.
Avant de partir, elle m’a donné une fleur de tournesol qu’elle avait dans un bouquet sur sa cheminée. Son mec lui a offert ce bouquet hier, elle me dit.
Ma___ a les cheveux noirs et de beaux yeux verts. Elle a aussi les dents très blanches, comme dans une publicité.

Vue (surréaliste) d’une fenêtre

Il fait gris ce matin. Le ciel est uniformément triste et lumineux, presque aveuglant. De mon lit, je vois ce ciel gris traversé par quatre fils électriques. Quatre fils rapprochés, comme une portée de musique. Un pigeon s’est posé sur la ligne la plus basse. C’est un Fa.
Si d’autres pigeons le rejoignent, ils formeront une mélodie dans ma tête.

Au bas à gauche de ma fenêtre, je vois la cime d’un arbre. J’ignore de quelle variété il s’agit mais il fait de grosses fleurs magenta par paquets.
Ce matin, car j’ai vu un colibri butiner dans cet arbre. Il battait des ailes comme un petit insecte agité. Il n’y a pas de colibri en France, du moins, je ne me souviens pas en avoir vu dans le sud. Le colibri est pour moi un oiseau exotique. C’est drôle de l’observer dans cet environnement urbain.

Dans ma rue, il y a le parking d’un supermarché et un garage automobile. Quelqu’un a entassé des pneus sur le toit du garage. C’est moche, mais je ne vois pas tout cela de mon angle de vue.

D’ici, je ne vois qu’une portée de musique et un colibri danser de fleur en fleur.

Mes premiers 1000 visiteurs ! Comme c’est touchant :)
Merci à tous qui me suivez.

~Phèdre

T’as vu cette carte graphique ?

Ça y est, K______ a un ordinateur pour éditer ses films. Hier, D__ est venu nous aider à assembler les pièces. Ils ont passé la soirée à visser, tenailler, coller, désassembler, ré-assembler des trucs auxquels je ne comprends rien.
D__ dit qu’avant, les mecs passaient du temps autour de leur voiture. Aujourd’hui c’est la puissance de l’ordinateur qui fait l’homme.

« T’as vu cette carte graphique ? » il me lance. « Ben non, tu peux pas savoir, t’y connais rien. La plupart des cartes graphiques font pas la moitié de sa taille. C’est un monstre, elle est super-puissante ! »

D__ a l’air d’aller mieux. Il prend moins d’oxycodone, mais il en prend toujours. Je l’ai vu avaler un cachet avant de construire l’ordinateur. Il a dit qu’il ne fallait pas que ses mains tremblent car certains petits composants sont fragiles.

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Mon chéri à gauche, D__ à droite.



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