Physique Antique

C’est drôle de penser qu’il y a des choses que les enfants apprennent, que les adultes ignorent. Comme si passé un certain âge, une partie de nos connaissances tombait inévitablement dans l’oubli.

Par exemple, à 10 ans, on sait que les plaques du stégosaure lui servent à recuillir la chaleur du soleil. On sait aussi que les ornithorynques sont des mammifères, qu’Uranus a 27 satellites, et on connaît parfaitement le sens de la phrase : « Que j’aime à faire connaître ce nombre utile aux sages ! » Mais les adultes, ils ont oublié ces choses là.

En visitant le site du téléscope Hubble (où sont publiées de magnifiques photos de notre Voie Lactée), je suis tombée par hasard sur une image de la Mystic Mountain (Photo), un impressionant amas de gas dans la nébuleuse Carina, située à 7500 années-lumières de San Francisco.

heic1007a.jpg

7500 années lumières, cela signifie que cette photo récente représente cette région de l’univers telle qu’elle était il y a 7500 ans ; le temps qu’il a fallu à la lumière émise là-bas, pour arriver ici.

Et une année-lumière, c’est long.
La lumière voyage à 299 792 kilomètres par seconde. Une année de voyage représente donc une distance de 299 792 kilomètres x 3600 secondes/heure x 24 heures/jour x 365 jours/an, soit environ 9 500 milliards de kilomètres.
Multipliez cela par 7500 et vous saurez où chercher les pilliers de gas de la nébuleuse Carina. Au passage, ils sont eux-même longs de 3 années lumières. Oui.

Lorsque j’étais enfant, je me souviens avoir été fascinée par l’idée que si un extra-terrestre situé à cet endroit de l’univers prenait son téléscope pour observer la Terre, au moment exact où je vous parle, il y verrait des hommes préhistoriques du Mésolithique.

Cela me donnait des frissons, de plaisir et d’angoisse. Les témoignages de notre passé flottent encore et à jamais dans l’univers sans limite, prêts à être recueuillis.

Quand on est enfant, on a tout loisir de s’attarder sur les aspects ludiques et charmants de la science physique. Puis on grandit, et on apprend des trucs du genre :

L’équation du mouvement orbital est : r = a(1 – e2)/(1 + e cos f)
- où a est l’axe semi-principal, la moitié de la plus grande longueur de l’ellipse (vu que l’ellispe n’est pas ronde),
- e est le coefficient d’excentricité elliptique : il est égal à zéro si l’ellipse est un cercle parfait, et à 1 si l’ellispe s’étend à l’infini (ce qui est purement conceptuel, cela s’entend),
- et f, euh…. c’est l’angle polaire ?

Et ça, ça efface le reste.
On oublie toutes ces histoires d’extra-terrestres et d’hommes préhistoriques au moment où l’on passe le Bac.

2 commentaires à “Physique Antique”


  1. 0 Olivier 4 mai 2010 à 12:41

    « Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
    L’univers est égal à son vaste appétit.
    Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
    Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! »
    Baudelaire, Le voyage

    (Ouf ! J’ai eu du mal à le retrouver celui-là !!!)

    NB : les équations que tu cites peuvent sembler rébarbatives, ce sont pour autant elles qui nous ont permis d’aller sur la Lune … même s’il n’y avait pas d’extra-terrestres là-bas ;)

    Olive

  2. 1 Phèdre 4 mai 2010 à 17:47

    Salut Olivier,

    J’aime beaucoup ton blog. Un homme de science qui cite Baudelaire, que demander d’autre ?
    Merci pour ton commentaire, et ne t’en fais pas, je tiens les équations en grand respect.

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