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Catastrophes naturelles (réelles ou rêvées)

J’ai rêvé qu’il y avait un tremblement de terre, la nuit dernière. Dans mon rêve, j’étais réveillée en pleine nuit par une secousse. Je restais dans mon lit, terrifiée, priant pour que cela se calme, mais le désastre était sans fin. En face de moi, sur le mur, une sorte de cadran affichait la magnitude du séisme. Elle ne cessait de croître, passant de 5 à 6, puis à 7. Les portent battaient, les objets dans ma chambre s’entrechoquaient, mais tout était étrangement silencieux – comme dans un rêve – et l’appartement tenait bon.

Retour au calme.

À côté de moi, K______ dormait comme un bébé. Je l’ai réveillé pour lui dire, soulagée : « Je crois que nous venons de survivre au Big One« . Et à ce moment, le cauchemar devenait un rêve.
Si je survis au Big One, ça veut dire que je n’ai plus à avoir peur.

Le Big One, c’est le monstre souterrain de la psyché san franciscaine. C’est cet énorme tremblement de terre à venir, que tout le monde prétend ignorer, mais que chacun redoute.

Ce soir, en rentrant du travail, il s’est mis à grêler. Je n’avais encore jamais vu de grêle à San Francisco. C’est drôle, il ne faisait même pas froid. Là d’où je viens, dans le sud de la France, les grêlons atteignent parfois la taille de grosses billes (des oeufs de pigeons disait mon grand-père). Et si c’était pareil ici? Je me suis mise à courir, en faisant attention à ne pas glisser, et tout en courant, je voyais le goudron se blanchir et les grêlons grossir sous mes pieds. Alors que je traversais la rue au bas de mon appartement, la route et le trottoir étaient tapissés de petites billes glacées.

J’ai monté les escaliers deux à deux, et ouvert la porte de mon appartement pour me retrouver nez à nez avec K______ et son ami D__.
Ils sont venus m’accueillir? Comme c’est gentil.
Mais je leur ai trouvé un air bizarre.

Je crois qu’ils fumaient des joints en cachette sur l’escalier de secours à l’arrière de l’appartement. En contemplant le ciel orageux.

Happy Hours

Happy Hours à Palomino sur l’embarcadère, avec mes amis et collègues de Maîtrise. La terrasse offre une jolie vue de nuit sur le Bay Bridge enguirlandé.

Cranberry Mojito : 4$
Cabernet sauvignon : 4$
Pizza : 5$

Beaucoup d’alcool et de ragots, d’éclats de rires.
Quelques cigarettes, deux prénoms oubliés.
Plusieurs cas de driving under the influence.

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Jour gris

Pas le moral aujourd’hui. Mal au ventre, mal au coeur (le coeur). K______ m’a montré le début du film Antéchrist de Lars Von Trier hier. Images d’amour. Musique sacrée. Mort d’un enfant. J’ignore quelles cordes sensibles ont été effleurées, et quelles désillusions, mais ce matin je n’arrive pas à sortir du lit. Je me sens fregile, misérable.
J’ai dû demander de l’argent à mes parents.
Ma ligne téléphonique a été suspendue.
J’ai brisé par mégarde une nouvelle pousse de ma jolie et frêle fougère.
J’ai encore mangé trop de chocolat.

Je dois partir pour le travail dans 37 minutes.
Et bien sûr, à la racine de tout, je viens de terminer ma plaquette de pilule.

Phèdre, debout. Debout! C’est l’heure.

Quoi?

Au revoir, vieil amour

Image de prévisualisation YouTube

Demain, un de mes amis quitte San Francisco pour Boston. C’est un garçon que j’ai aimé, avant de rencontrer K______, mais avec qui ça n’a pas marché. Nous étions en cours ensemble. Il avait une copine depuis 7 ans et ils étaient en train de se séparer. N___ était mon premier ami à San Francisco, et j’étais folle de lui. Je lui plaisais aussi, mais il voyait d’autres filles. Il m’emmenait souvent boire, danser… Nous faisions nos devoirs de finance ensemble. Nous écoutions de la musique dans ma chambre, comme des adolescents…
J’ai été incapable de l’oublier, jusqu’à ce que je rencontre K______.

Demain, mon ami N___ quitte San Francisco. Cela me rend un peu triste, bien que je n’aie plus pensé à lui récemment. Ça m’apaise, aussi, de le savoir loin.
Je ne suis pas allée à la soirée qu’il a organisé hier car je n’éprouve plus le besoin de le voir. Même s’il compte pour moi.

La vidéo du dessus est une chanson qu’il m’avait fait écouter.

Au revoir, vieil amour. Pauvre con.

Angine blanche, Angine rouge.

K______ est rentré à la maison malade ce soir. Il a peur d’avoir une angine. Il me dit qu’il a mal à la gorge et se sent congestionné, mais qu’il n’arrive pas à tousser. Je m’affole un peu. Il n’est pas assuré et la moindre consultation coûte 100$ dans ce pays. Les urgences, n’en parlons pas. Il y a aussi des cliniques gratuites, pour les gens sans assurance, mais il est difficile d’y obtenir un rendez-vous, surtout le week-end. Je ne me souviens pas avoir jamais été aussi intimidée par une angine lorsque je vivais en France. Home sweet home.
J’ai tellement peur qu’il se sente mal durant la nuit. Comme je suis étudiante, je peux toujours obtenir des soins gratuits au centre médical de mon école si je tombe moi aussi malade. Mais je m’inquiète pour lui.
Vous vous y connaissez en angines?

Danser ou ne pas danser…

Il y a un studio de danse sur Shotwell Street dans mon quartier. J’ai trouvé leur site Internet ; il s’agit d’une grande école de danse, ODC School, qui offre toutes sortes de classes pour tous les niveaux.

Je n’ai jamais dansé dans ma vie.
Lorsque j’étais enfant, certaines de mes amies prenaient des cours de danse ou de gymnastique. Moi, par contraste, je construisais des cabanes dans les arbres et des forteresses de boue avec mes frères. Être un garçon-manqué a longtemps été un trait de ma personnalité. Même lorsque j’ai commencé à devenir plus féminine, au lycée, je restais à mes yeux une fille-garçon.
J’ai longtemps pensé que je serais incapable de danser, même alors que j’en mourrais d’envie. J’ai un souvenir terrifiant où je m’inscris à un cours de danse « pour débutants » à la fac, et le niveau s’avère trop élevé. Les filles ont toutes déjà fait de la danse ; je suis intimidée, incapable du moindre mouvement gracieux. J’abandonne et je m’inscris dans un autre cours.

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L’envie me revient pourtant régulièrement. J’aimerais faire de la danse moderne, du jazz, du ballet peut-être. Danser est tellement plus gratifiant que s’enfermer dans un club de gym et courir sur place. C’est beau, et transcendant.

Le studio ODC offre des cours de ballet pour débutants le samedi matin. J’ai écrit à une des profs pour me faire une idée… Je rêve de devenir un petit rat.

Couleurs Locales

K. et moi sommes enfin installés. Nous avons presque tout ce qu’il nous faut : une chambre sympa et un joli salon meublés, une minuscule salle de bain (très mignonne) et une grande cuisine (plutôt moche). Il nous reste juste à acheter un buffet de rangement pour la cuisine, car pour le moment, nous entassons tous nos plats dans un grand carton caché sous la table.

Notre quartier, le Mission, est très agréable et ensoleillé. C’est là que bat le coeur créatif de San Francisco: peintres, musiciens, cinéastes… Il y a aussi beaucoup de pauvreté, des gangs mexicains, de la drogue… Le Mission est brutalement hétéroclite.

J’habite au croisement de 14th Street et Folsom. C’est une zone industrielle en train de se gentrifier. Il y plusieurs supermarchés et primeurs, quelques restaurants, beaucoup de parkings, de garages et d’entrepôts aux façades couvertes de graffiti.

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À quelques blocs de là, le croisement de 16th Street et Mission est le plus terrible du quartier, peut-être même de la ville. Gangs et dealers traînent à la sortie du BART (l’équivalent du RER parisien). On y vend et fume du crack.
Pour se procurer de la drogue, certains entrent dans le trafic de tickets de bus. Les tickets valent 2$ à l’unité. Ils sont datés du jour même, et affichent l’heure jusqu’à laquelle ils restent valides. Souvent, près des arrêts de bus, un type en guenilles vous accoste pour vous échanger un ticket contre quelques cents. Les tickets volés le matin doivent être écoulés au cours de la journée.
Il y a aussi des clochards, poussant leur caddie empli de couvertures pisseuses et d’autres saletés, criant à tue-tête des phrases saugrenues. Parfois, on les voit se traîner sur des chaises roulantes, semi-gangrenés et mourants. C’est le tiers-monde.
J’essaie toujours d’éviter 16th Street et Mission lorsque je vais travailler. Le bureau se trouve sur 17th Street et Mission, juste un bloc au sud de cette misère.

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De l’autre côté de Mission Street, au croisement de Valencia et 18th Street, fleurissent antiquaires, jolies boutiques de vêtements, librairies et cafés / restaurants. La nourriture est délicieuse et pas chère. La population est déjà très différente. Il y a beaucoup de hipsters dans le Mission.
Les hipsters, ce sont ces jeunes professionnels San Franciscains ou New Yorkais qui s’intéressent à la mode et à la culture underground, comme la musique alternative, le rock ou les films indépendants… et les films français : Ah, Godard! Ah, la nouvelle vague!
Les hipsters sont presque devenus une caricature d’eux même. Il s’habillent pareil (jean noir slim et chemise à carreaux, tatouages bon-enfant), écoutent la même musique sur leurs même iPods, et discutent des concerts à venir et des plus belles boucles de ceinture qu’ils ont jamais portées. Ce sont ceux qui véhiculent la culture et permettent aux groupes et artistes inconnus de survivre et peut-être, un jour, de percer. Avoir des hipsters dans son quartier, c’est plutôt bon signe.

À quelques pas de Valencia se trouve le Dolores Park, sur le flanc d’une colline. Au printemps, amis et amoureux y viennent lire, pique-niquer, ou jouer au frisbee avec leur chien. Par temps clair, il y a une vue époustouflante sur le centre de San Francisco.
Soleil. Palmiers. C’est la Californie.

J’aime notre quartier. J’aime y vivre, mais il faut savoir y vivre.
K. est à San Francisco depuis 15 ans. Il a habité dans tous ses quartiers et sait gérer toutes les situations urbaines. Il m’explique et me décode les événements, les gens. Il me protège, aussi. C’est mon héro.

Nouvel appartement !

Talaa ! Je suis de retour. Un énorme colis m’attendait sur le pas de ma porte ce soir en rentrant du travail: mon modem Comcast (et son routeur sans fil Netgear). J’ai passé une heure à tout assembler en plus ou moins lisant la notice en anglais / espagnol… avant de me rendre compte qu’il fallait vraiment lire toute la notice…
J’ai Internet maintenant. Plus besoin de traîner par terre dans le couloir (comme je faisais dans mon ancien appartement) pour capter un réseau médiocre et lointain.

K. travaillait jusqu’à 10 heures ce soir. Il s’occupe du matériel dans le département de cinéma de son école. J’en ai profité pour vider les cartons restants, descendre les poubelles et faire des courses. Notre appartement commence à ressembler à quelque chose de sympa, à ceci près que:
- Nous dormons sur un matelas par terre (le cadre de mon lit ne rentrait pas dans la camionnette de JB donc nous avons dû l’abandonner dans mon ancienne chambre),
- Nous n’avons pas encore de table dans la cuisine,
- Ni de chaises, ni de meuble de rangement…
- Et je ne pense pas que le patron du Sundance Coffee m’appellera un jour pour me vendre son joli fauteuil.

Demain, vendredi, je ne travaille pas. J’ai prévu d’aller me promener dans le quartier Mission où il y a plusieurs antiquaires. Aussi, samedi, mon ami J. a promis de m’emmener à Ikea. Il a un super 4×4 comme tout Américain qui se respecte, et il est républicain.
J’ai rencontré J. pendant mon MBA. Il faisait des blagues racistes sur les Français et on s’est tout de suite entendus. J. est aussi en couple avec une des mes meilleures amies à San Francisco, Jh. Son initiale est aussi J mais je l’appellerai Jh pour la différencier. Jh. est Iranienne, ce qui offre des possibilités de discussion illimitées avec J…

Je posterai des photos de mon appart très prochainement. K. vient juste de rentrer, je vais l’accueillir.

Je suis aux anges !

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