Archives pour la catégorie Journal



Danser ou ne pas danser…

Il y a un studio de danse sur Shotwell Street dans mon quartier. J’ai trouvé leur site Internet ; il s’agit d’une grande école de danse, ODC School, qui offre toutes sortes de classes pour tous les niveaux.

Je n’ai jamais dansé dans ma vie.
Lorsque j’étais enfant, certaines de mes amies prenaient des cours de danse ou de gymnastique. Moi, par contraste, je construisais des cabanes dans les arbres et des forteresses de boue avec mes frères. Être un garçon-manqué a longtemps été un trait de ma personnalité. Même lorsque j’ai commencé à devenir plus féminine, au lycée, je restais à mes yeux une fille-garçon.
J’ai longtemps pensé que je serais incapable de danser, même alors que j’en mourrais d’envie. J’ai un souvenir terrifiant où je m’inscris à un cours de danse « pour débutants » à la fac, et le niveau s’avère trop élevé. Les filles ont toutes déjà fait de la danse ; je suis intimidée, incapable du moindre mouvement gracieux. J’abandonne et je m’inscris dans un autre cours.

ballets80.jpg

L’envie me revient pourtant régulièrement. J’aimerais faire de la danse moderne, du jazz, du ballet peut-être. Danser est tellement plus gratifiant que s’enfermer dans un club de gym et courir sur place. C’est beau, et transcendant.

Le studio ODC offre des cours de ballet pour débutants le samedi matin. J’ai écrit à une des profs pour me faire une idée… Je rêve de devenir un petit rat.

Banana Cream Pie

Il fait un temps magnifique cet après-midi à San Francisco. K______ et moi sommes allés lire dans le Dolores Park. En arrivant dans le parc, je lui demande quelles sont les chances pour que nous rencontrions quelqu’un de notre connaissance. Il me répond 20%, puis se corrige: 30%. Sounds about right. Il a plu récemment. L’herbe est encore humide mais nous avons des serviettes de bain pour nous étendre. « Arrêtons nous ici, » je lui suggère. Plus loin, c’est le coin gay ; des centaines de mecs torse nu se prélassent, en train de se passer de la crème solaire et de se mater.

Allongés dans l’herbe, K______ me lit l’introduction du roman De Sang Froid de Truman Capote, puis il m’explique le genre littéraire. J’aime sa voix, grave et chaude. Les gens lui disent souvent qu’il devrait doubler des films. Pourquoi pas, on est fauchés.
Trois chiens courant à fond train près de nous nous tirent de notre rêverie : un petit chien de chasse, un jeune staff gris-souris, et un caniche géant tout tondu. Le caniche est drôle, un peu ridicule. Maxime Le forestier doit avoir écrit San Francisco en référence au Dolores Park.

Plus tard, en quittant le parc, un groupe de jeunes gens assis dans l’herbe nous hèle. Ce sont des amis cinéastes de K______, dont M____, la réalisatrice russe dont il me parle souvent. Je ne l’avais encore jamais rencontrée. Il me présente, discute avec eux du tournage puis s’excuse.

Une terrasse de café sympa retient notre attention sur le chemin du retour, 18th Street et Guerrero. Une jolie hispter brune prend des notes à une table, près de sa tasse de café noir. Deux hommes partagent la lecture d’un journal en dégustant des pâtisseries qui m’ont l’air très françaises. Plus loin encore, un couple chic et leur petit garçon agité, se parlent autour de 3 assiettes vides. Une femme qui a entrouvert son trench-coat pour profiter du soleil lit un roman dont je ne distingue pas le nom.
Ce café est une image du bonheur. Il me rappelle Paris, moins le froid.
« Est-ce que c’est Tartine? » je demande à K______ « J’ai beaucoup entendu parler d’un salon de thé nommé Tartine dans le quartier. »
Oui, c’est Tartine.
« Let’s get in« , me lance K______, très informé de mes idées de régime et n’approuvant guère. Je ne sais pas dire non.
La minute d’après, nous sommes ce jeune couple en terrasse dégustant une banana cream pie.

« C’est trop bon » dis-je à K______ Je sais que j’ai des étoiles dans les yeux.

« Oui » me répond-il. Et il plante généreusement sa fourchette dans la petite tarte qui se brise et dévoile ses entrailles de morceaux bananes et de caramel-chocolat fondu.

Demain, c’est juré, je me met au régime. Vous allez en entendre parler.

Robes en revue pour la Saint Valentin

C’est la Saint Valentin aujourd’hui. K. passe la journée sur le tournage d’un film de science fiction ; une dystopie écrite par son amie russe. Il s’est levé très tôt, m’a dit quelque chose que je n’ai pas compris, puis j’ai entendu cliquer le verrou de la porte d’entrée à travers les nuages épais de mon sommeil.

K. me dit toujours qu’il se sent vivre lorsqu’il qu’il est sur un tournage. Mais faire des journées de 12 heures le weekend, après une semaine de travail, c’est épuisant. Je lui ai dit d’un air menaçant-amoureux qu’il ferait mieux d’être de retour avant 18 heures ce soir, pour la Saint Valentin. Ce à quoi il a répondu qu’il aimerait me voir porter une robe, de jolis dessous, et des bas.

Une robe… mais laquelle? J’ai des dizaines de robes superbes que je ne porte jamais. Devrais-je mettre ma préférée, la robe bustier Wilfred en coton à imprimés pastels? Ou la robe fleurie en soie – Wilfred aussi – avec un décolleté osé et des manches courtes flottantes ? Ma robe japonisante marron et dorée par Diesel? Ou encore ma robe grise Kinsley, 38% rayon, 35% polyester, 23% nylon et 4% spandex (que de mots opaques)? C’est une robe bustier souple, à laquelle j’ai dû ajouter des chaînes de métal en guise de brettelles car mon 85B ne suffisait pas à là maintenir en place (meh). Les chaînes me donnent un air Rock’n Roll. J’ai également une robe droite Custo sans manches, noire et blanche et rose, très Jacky Kennedy. Une autre robe grise de marque inconnue, en polyester et rayon, manches longues, très courte, un peu trop courte, près du corps. J’ai aussi deux robes American Apparel, et des tas de jupes courtes : Isabel Marrant (un souvenir de mon année à Paris), Comptoir des Cotonniers (de la dentelle noire), et plusieurs petites marques américaines.

Côté lingerie, mes dessous rayés Sonia Rykiel pour H&M seront parfaits. J’ai aussi deux paires de bas Max Mara et un porte-jarretelle, trésors de mon dernier séjour à Paris. J’ai également hâte de me maquiller car je ne me maquille que très rarement durant la semaine.

K. et moi allons dîner dans un restaurant indien de Haight Street. C’est notre première Sain Valentin.

La Balance

Depuis hier, il y a une jolie balance de verre dans notre chambre. Je monde dessus et elle m’affiche [123.00] livres, soit 55.80 kg. Ce sont deux livres de moins que le mois dernier. Le déménagement m’a plutôt bien réussi. Mon but est de ne peser que 115 livres, soit 52kg, avant le 1er avril. Je me demande combien de temps il faut pour perdre 4kg sans se forcer. Un mois, deux peut-être?

Première Paie

J’ai reçu ma première paie hier: 1491 Dollars. Le taux de change actuel est $1,36/€. Faites le calcul, ça ne fait pas grand chose. En plus, ce mois-ci je n’ai pas encore le statut d’employée (je suis une contractor) donc je dois mettre 15% de côté pour les impôts… C’est ma première rencontre – brutale – avec les impôts. Heureusement, je suis désormais presque à temps complet. Ma prochaine paie devrait donc être plus importante.

J’ai mis de l’argent de côté pour le loyer de mars, et j’ai rédigé mon budget pour février dans Excel. C’est la première fois que je rédige un budget. Ça devrait m’aider.

Lorsque je faisais mon MBA, ma famille et mes amis me demandaient parfois: « comment ça se fait que tu n’aies jamais d’argent alors que tu es en finance? » Ce à quoi je répondais: « les gens en finance sont souvent des gens attirés pas l’argent parce qu’ils n’en n’ont jamais eu. Donc statistiquement, si tu es un étudiant en finance, les chances sont bonnes pour que tu ne saches pas gérer ton fric. »
Mais ça c’est fini. Maintenant je fais de la compta; tout le contraire. Les gens en compta sont des gens qui aiment compter, classer, tout mettre dans des boîtes. Et ces gens là savent tenir leur budget. J’ai même décidé d’acheter un petit cabinet pour y ranger mes factures (téléphone, Internet, PG&E…) et mes fiches de paie. Du jamais vu.

Vierge folle.
Vierge sage.

Aller, à la douche ! Je vais aller flâner dans les antiquaires de Valencia Street.

Nouvel appartement !

Talaa ! Je suis de retour. Un énorme colis m’attendait sur le pas de ma porte ce soir en rentrant du travail: mon modem Comcast (et son routeur sans fil Netgear). J’ai passé une heure à tout assembler en plus ou moins lisant la notice en anglais / espagnol… avant de me rendre compte qu’il fallait vraiment lire toute la notice…
J’ai Internet maintenant. Plus besoin de traîner par terre dans le couloir (comme je faisais dans mon ancien appartement) pour capter un réseau médiocre et lointain.

K. travaillait jusqu’à 10 heures ce soir. Il s’occupe du matériel dans le département de cinéma de son école. J’en ai profité pour vider les cartons restants, descendre les poubelles et faire des courses. Notre appartement commence à ressembler à quelque chose de sympa, à ceci près que:
- Nous dormons sur un matelas par terre (le cadre de mon lit ne rentrait pas dans la camionnette de JB donc nous avons dû l’abandonner dans mon ancienne chambre),
- Nous n’avons pas encore de table dans la cuisine,
- Ni de chaises, ni de meuble de rangement…
- Et je ne pense pas que le patron du Sundance Coffee m’appellera un jour pour me vendre son joli fauteuil.

Demain, vendredi, je ne travaille pas. J’ai prévu d’aller me promener dans le quartier Mission où il y a plusieurs antiquaires. Aussi, samedi, mon ami J. a promis de m’emmener à Ikea. Il a un super 4×4 comme tout Américain qui se respecte, et il est républicain.
J’ai rencontré J. pendant mon MBA. Il faisait des blagues racistes sur les Français et on s’est tout de suite entendus. J. est aussi en couple avec une des mes meilleures amies à San Francisco, Jh. Son initiale est aussi J mais je l’appellerai Jh pour la différencier. Jh. est Iranienne, ce qui offre des possibilités de discussion illimitées avec J…

Je posterai des photos de mon appart très prochainement. K. vient juste de rentrer, je vais l’accueillir.

Je suis aux anges !

Insomnie #2462

Un bruit m’a réveillée à 1H40 du matin, et depuis j’erre dans ma chambre et sur internet comme un fantôme. Dans ma rue, Divisadero, un groupe de jeunes s’agite. L’un d’eux crie comme un singe: « Oh. Oh. Oh. Oh. Oh. » Je me demande ce qu’il entend par là. Les derniers bars et restaurants sont en train de fermer: Nopa, Zyriab, Waziema…

Mon voisin du dessus doit être triste et amoureux, il écoute en boucle de la pop romantique. Je reconnais une chanson, Chasing Cars de Snow Patrol.

À 3H20, je ne dors toujours pas. Je me mets à lire les Missed Connections de Craigslist. Il y en a parfois de touchantes, comme celle-ci que j’ai copié-collé dans mon ordinateur il y a quelques mois:

Location: Van Ness Underground Station. You: smoking hot, to the point of intimidation – pursed lips, great outfit. Me: Black sweater, red shoulder bag, dark jeans. We made eyes when I got onto the platform – there was a train delay – it was crowded. You were the last to get into a packed car going inbound, and before the doors closed motioned for me to join you. I squeezed in and the doors shut, leaving us literally jammed together, face to face. We both had ear phones in, but stared directly at each other, neither person backing down. The train moved suddenly and you grabbed a hold of me as to keep you balance….then you didn’t let go. It was ridiculously hot; no words, just you holding me close, looking at each other, smelling each other. My thigh slid between your legs and my hand cradled the small of your back. We were surrounded by people but shared a moment of such intimacy that I’ll remember the rest of my life. You got off at the next stop and just walked away…

Je me demande s’ils se sont retrouvés…

K. m’envoie un texto. Je me faufile sous la couette pour le lire en secret:

I’m gonna use my drawers to transport my clothes. I have lives in drawers. I want to put my things near yours.

Mon poète, mon animal nocturne… J’ai tellement hâte de vivre avec lui.
Il n’y a pas d’insomnie dans ses bras.

Lost in Translation

Oui, il fallait bien un titre comme celui-ci: je déménage dimanche matin. C’est un peu dérangeant de n’être déjà plus là où l’on est, mais pas encore là où on va. Il y a des boîtes partout dans ma chambre, qui n’est plus ma chambre que pour deux nuits. C’est G., un ami de K. qui emménage à ma place.

Il me reste encore quelques boîtes à faire, pour mes vêtements, mes serviettes de bain et produits de beauté, mes ustensiles de cuisine, et mes 5 plantes vertes:
- Théodore la plante grasse,
- Franklin la plante vierge,
- Sixtine la fougère (la seule fille),
- Gérald l’autre fougère,
- et Horatio le cactus.

Mon travail me plaît. J’avais rendez-vous avec des clients cet après-midi; la première fois que je rencontre des clients sans la supervision de mon patron. Je leur en ai mis plein la vue avec mes financial statements, return-on-investment et autres customer price-elasticity et corporate loan agreements. À un moment, mon esprit s’égare et je me vois, confiante, en train de parler à ces gens, de les conseiller. Je me rends compte de combien mon MBA m’a servi et transformée.

Nous avons aussi parlé de la vie à San Francisco. La plupart des gens qui vivent à San Francisco n’y sont pas nés, alors on se raconte d’où l’on vient, pourquoi on est venu, combien de temps on a vécu ici… Je suis du Sud de la France, lui vient de Hawaii, elle de Corée.

Dans le centre commercial où nous déjeunons il y a une pluie d’eau artificielle, comme une cascade de rosée, qui tombe dans un petit lac encerclé de plantes. Je me demande si les enfants y courent patauger dès que leurs parents tournent le dos un instant… et en reviennent tout trempés, fiers et honteux.

En rentrant « chez moi » ce soir, j’ai acheté un pot de glace au chocolat et aux chamallows. Petite déprime. Je n’aime pas déménager. J’aime le résultat des déménagements – un endroit nouveau, un endroit meilleur – mais déménager est toujours épuisant, physiquement comme psychologiquement.
Je jette le pot de glace à moitié plein dans la poubelle de ma chambre.

Tout va bien se passer.
J’ai hâte.

Cinéma et galère

Aujourd’hui, K. a obtenu un stage à la San Francisco Film Society. Il va s’occuper de l’allocation des bourses et subventions aux jeunes réalisateurs de la Baie. Quant à moi, j’ai un nouveau client dont je vais être le comptable/consultant. Il s’agit d’une société à but non lucratif (nonprofit corp) qui initie au septième art des adolescents défavorisés. Ils apprennent à écrire et tourner de petits films pour raconter leur histoire, des histoires. La société a aussi sa propre compagnie de production. Ce sont des gens passionnés et j’ai hâte de travailler avec eux.

Je reçois ma première paie la semaine prochaine, environ $1300. Le chèque couvrira tout juste notre loyer. En attendant, il y a $27 sur mon compte, et K. a probablement moins encore. J’ai dû payer sa facture de téléphone avec ma carte de crédit. Son stage n’est pas payé donc il va devoir trouver un travail à temps partiel si on veut s’en sortir ce semestre.

Il pleut et j’aime ça

Ma chambre sur Divisadero va me manquer : la jolie coiffeuse en rotin, les murs verts-amande, l’immense fenêtre à trois pans, typique de San Francisco… Lorsqu’il fait complètement nuit, les éclairages de la rue filtrent à travers mes rideaux, orangés, verts et bleus. Je m’endors dans un aquarium de lumières douces.
Il pleut ce soir. J’aime me laisser bercer par le son de la pluie. Il y a des boîtes en carton partout dans ma chambre, c’est un vrai chantier. Mes sentiments aussi sont en chantier. K. me manque. Il travaille sur son film ce soir. Déménager est épuisant.
Mais pour le moment, il pleut et j’aime ça.

1234


naturolife |
greengreen |
sans détour |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | L'Antre du Docteur Faust
| nous...
| kryslaro