Archives pour la catégorie Cult*

Downtown Action

K______ n’a pas fumé une cigarette depuis 15 jours. Aujourd’hui, je réussis à le convaincre de sortir pour aller nous promener en ville.

Nous allons manger un Cheese Steak dans un bouge sur Market St., avant de rejoindre le centre ville en remontant Market, clairsemée de mendiants, crack-heads, gangsta-boys et petites mémés chinoises avec leurs sacs de courses. K______ me raconte une anecdote salasse de lorsqu’il travaillait comme concierge dans un hôtel du quartier.
Nous trouvons un billet de 20 dollars sagement plié sur le goudron. « Donne-les au clochard » je lui dis, en montrant de la tête un type assis sur le trottoir qui crie dans notre direction. « Et puis quoi encore. Autant aller moi-même lui acheter du crack. »

Puis tout d’un coup, au tournant de 5th Street, c’est la marée humaine : Gap, Forever 21, Bank of America, le centre commercial, Sephora, T-Mobile, Urban Outfitters, H&M se gorgent et se dégorgent de jeunes gens et de touristes souriants. Nous avons rejoint la civilisation.
Il y a beaucoup de Français à San Francisco en ce moment, je le reconnais au premier coup d’oeil. Ils ont une expression différente sur le visage.

K______ et moi nous frayons un chemin jusqu’à Borders, la grande librairie au coin d’Union Square. Une copie d’Infinite Jest de David Foster Wallace est sur l’étagère des staff’s picks, les suggestions des employés.

Infinite Jest

De David Foster Wallace je ne sais sais rien si ce n’est que c’est un auteur de génie et que dans la tradition des auteurs de génie, il s’est suicidé. Étrange comme génie et dépression vont de paire. J’ai toujours voulu lire Infinite Jest, mais le truc a plus de 1000 pages. Ça n’intimide pas mon chéri.
Nous achetons Infinite Jest avec les 20$ fraîchement trouvés.

Tu veux faire quoi maintenant ? je lui demande.

Go home. I hate downtown.

Physique Antique

C’est drôle de penser qu’il y a des choses que les enfants apprennent, que les adultes ignorent. Comme si passé un certain âge, une partie de nos connaissances tombait inévitablement dans l’oubli.

Par exemple, à 10 ans, on sait que les plaques du stégosaure lui servent à recuillir la chaleur du soleil. On sait aussi que les ornithorynques sont des mammifères, qu’Uranus a 27 satellites, et on connaît parfaitement le sens de la phrase : « Que j’aime à faire connaître ce nombre utile aux sages ! » Mais les adultes, ils ont oublié ces choses là.

En visitant le site du téléscope Hubble (où sont publiées de magnifiques photos de notre Voie Lactée), je suis tombée par hasard sur une image de la Mystic Mountain (Photo), un impressionant amas de gas dans la nébuleuse Carina, située à 7500 années-lumières de San Francisco.

heic1007a.jpg

7500 années lumières, cela signifie que cette photo récente représente cette région de l’univers telle qu’elle était il y a 7500 ans ; le temps qu’il a fallu à la lumière émise là-bas, pour arriver ici.

Et une année-lumière, c’est long.
La lumière voyage à 299 792 kilomètres par seconde. Une année de voyage représente donc une distance de 299 792 kilomètres x 3600 secondes/heure x 24 heures/jour x 365 jours/an, soit environ 9 500 milliards de kilomètres.
Multipliez cela par 7500 et vous saurez où chercher les pilliers de gas de la nébuleuse Carina. Au passage, ils sont eux-même longs de 3 années lumières. Oui.

Lorsque j’étais enfant, je me souviens avoir été fascinée par l’idée que si un extra-terrestre situé à cet endroit de l’univers prenait son téléscope pour observer la Terre, au moment exact où je vous parle, il y verrait des hommes préhistoriques du Mésolithique.

Cela me donnait des frissons, de plaisir et d’angoisse. Les témoignages de notre passé flottent encore et à jamais dans l’univers sans limite, prêts à être recueuillis.

Quand on est enfant, on a tout loisir de s’attarder sur les aspects ludiques et charmants de la science physique. Puis on grandit, et on apprend des trucs du genre :

L’équation du mouvement orbital est : r = a(1 – e2)/(1 + e cos f)
- où a est l’axe semi-principal, la moitié de la plus grande longueur de l’ellipse (vu que l’ellispe n’est pas ronde),
- e est le coefficient d’excentricité elliptique : il est égal à zéro si l’ellipse est un cercle parfait, et à 1 si l’ellispe s’étend à l’infini (ce qui est purement conceptuel, cela s’entend),
- et f, euh…. c’est l’angle polaire ?

Et ça, ça efface le reste.
On oublie toutes ces histoires d’extra-terrestres et d’hommes préhistoriques au moment où l’on passe le Bac.

Pierre Bonnard et les esprits des arbres

Table Set in a Garden - Pierre Bonnard

J’ai ce poster dans ma chambre ; un imprimé de la Table au Jardin de Pierre Bonnard. J’aime les différents tons de vert des feuillages, et la rupture, douce, avec le rouge de la chaise et le rose sur la nappe. Je me souviens avoir lu quelque part que Gauguin aimait utiliser dans ses toiles, une couleur primaire (ce serait le magenta ici) et sa couleur complémentaire (cyan + jaune = vert). Gauguin espérait ainsi libérer la peinture de son devoir d’imitation de la réalité, en encourageant l’utilisation de couleurs exubérantes. Je pense que Bonnard, au travers du mouvement Nabi, adhérait à cette vision.

En observant cette reproduction dans ma chambre, je me demandais pourquoi deux tasses de café sont posées sur la table alors qu’il n’y a qu’une seule chaise. Et cette tâche lumineuse posée derrière la tasse de café bleue, s’agit-il d’une théière ou d’une boule de cristal ? Sommes-nous à la table d’un diseur de bonne aventure? Les personnages ont quitté la scène.

Il y a quelques jours, j’ai remarqué qu’il y avait en fait deux personnages dans ce tableau. Deux visages se cachent dans les feuillages, à gauche du tronc d’arbre. On voit l’ombre des yeux et de la bouche, ainsi que la forme du nez. J’ai admiré cet imprimé pendant un an sans ne jamais les apercevoir, mais depuis que je les ai vus, je n’arrive plus à les ignorer. Je ne pense pas que ce soit une coïncidence, un grand maître ne laisse pas de place pour une coïncidence de cette taille.

Si vous ne les voyez pas, cherchez un point rouge dans les branches, à gauche du tronc. De part et d’autre de ce point il y a deux tâches sombres : ce sont des yeux. Le second visage est légèrement au dessus, à droite du premier.

J’ai fait quelques recherches sur Internet mais j’ai été incapable de trouver quoi que ce soit sur le sujet. Que cherchait-il à dire?

Un air printanier

Ce matin, en sortant de chez moi à l’heure habituelle, il faisait exceptionnellement beau et il y avait une légère brise au parfum de Printemps. Ce parfum, c’est le parfum des bourgeons et des feuilles vertes réchauffées par le soleil, dispersé par un vent léger. C’est aussi le parfum de la mer, au loin.

Le Printemps… Je l’attends avec impatience : J-5.

Au travail, cet après-midi, nous avons joué un mini-bac. Ils appellent ça Scattegories ici. Le but du jeu est de trouver des mots commençant par une lettre donnée. Mais attention, si quelqu’un d’autre choisit le même mot, vous ne recevez pas de point. Nous étions 5 employés ainsi que la directrice du programme, assis autour d’une table, avec nos petits papiers et nos petits crayons.

La lettre piochée est B. 40 secondes, on y va !

1. Famous females
2. Medicine/drugs
3. Things that are cold
4. Hobbies
5. People in uniform
6. Things you plug in
7. Animals
8. Languages
9. Names used in the Bible
10. Junk food
11. Things that grow
12. Companies

Avec le compteur en route, c’est beaucoup plus difficile que ça en a l’air.

Ça, aussi, pour moi, c’est le Printemps.
Et par « ça » j’entends le relâchement au travail.

Le Printemps, c’est enfin mon patron qui prend des en vacances en Grèce. Pendant deux semaines, c’est moi qui gère le département de finance. Plus de responsabilités, oui, mais aussi plus d’autonomie.

J’aime travailler seule. Mais évidemment j’apprécie que S____ viennent frapper à ma porte pour m’inviter à jouer à Scattegories.

Colorless green ideas sleep furiously

« Colorless green ideas sleep furiously » est une phrase du linguiste Noam Chomsky. Elle se traduit, mot à mot : « les idées vertes incolores dorment furieusement. » Chomsky explique que bien que cette phrase ait une syntaxe correcte, elle ne veut rien dire.
La phrase est devenue si célèbre que de nombreux poètes se sont essayés à l’expliquer métaphoriquement, ou à la placer dans un contexte qui lui donnerait du sens.

Par exemple, « idées vertes » pourrait évoquer des idées dans leur enfance ; nouvelles ou peu développées. « Incolores » ferait alors référence à leur manque d’originalité.
Quant à « dorment furieusement », ce pourrait être une façon de dire que ces idées attendent d’être considérées, mises en application, et que cette attente est faite de colère et de frustration.

Au sens figuré, la phrase de Chomsky se présente donc comme une remarque politique. Et cependant, il n’avait d’autre intention en l’écrivant que de produire une absurdité. Je me demande si une syntaxe correcte suffit, seule, à engendrer du sens?

Non. Le sens ne vient pas de la syntaxe, mais de la capacité poétique de l’esprit humain. J’ai lu quelque part, lorsque j’étais au lycée, que la poésie naît des images et des métaphores. La phrase de Chomsky n’a de sens que pour les esprits poètes ; ceux qui savent s’élever au delà du sens littéral des mots.

J’ai trouvé un petit texte d’un étudiant de Stanford, dans lequels la phrase « colorless green ideas sleep furiously » trouve un sens poétique:

It can only be the thought of verdure to come, which prompts us in the autumn to buy these dormant white lumps of vegetable matter covered by a brown papery skin, and lovingly to plant them and care for them. It is a marvel to me that under this cover they are labouring unseen at such a rate within to give us the sudden awesome beauty of spring flowering bulbs. While winter reigns the earth reposes but these colourless green ideas sleep furiously.

Cet article n’a pas vraiment de rapport avec le reste de mon blog, mais cette phrase m’a plu et me trottait dans la tête depuis quelques jours… Alors voilà!

Insomnie #2462

Un bruit m’a réveillée à 1H40 du matin, et depuis j’erre dans ma chambre et sur internet comme un fantôme. Dans ma rue, Divisadero, un groupe de jeunes s’agite. L’un d’eux crie comme un singe: « Oh. Oh. Oh. Oh. Oh. » Je me demande ce qu’il entend par là. Les derniers bars et restaurants sont en train de fermer: Nopa, Zyriab, Waziema…

Mon voisin du dessus doit être triste et amoureux, il écoute en boucle de la pop romantique. Je reconnais une chanson, Chasing Cars de Snow Patrol.

À 3H20, je ne dors toujours pas. Je me mets à lire les Missed Connections de Craigslist. Il y en a parfois de touchantes, comme celle-ci que j’ai copié-collé dans mon ordinateur il y a quelques mois:

Location: Van Ness Underground Station. You: smoking hot, to the point of intimidation – pursed lips, great outfit. Me: Black sweater, red shoulder bag, dark jeans. We made eyes when I got onto the platform – there was a train delay – it was crowded. You were the last to get into a packed car going inbound, and before the doors closed motioned for me to join you. I squeezed in and the doors shut, leaving us literally jammed together, face to face. We both had ear phones in, but stared directly at each other, neither person backing down. The train moved suddenly and you grabbed a hold of me as to keep you balance….then you didn’t let go. It was ridiculously hot; no words, just you holding me close, looking at each other, smelling each other. My thigh slid between your legs and my hand cradled the small of your back. We were surrounded by people but shared a moment of such intimacy that I’ll remember the rest of my life. You got off at the next stop and just walked away…

Je me demande s’ils se sont retrouvés…

K. m’envoie un texto. Je me faufile sous la couette pour le lire en secret:

I’m gonna use my drawers to transport my clothes. I have lives in drawers. I want to put my things near yours.

Mon poète, mon animal nocturne… J’ai tellement hâte de vivre avec lui.
Il n’y a pas d’insomnie dans ses bras.



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