Archives pour la catégorie San Francisco

Downtown Action

K______ n’a pas fumé une cigarette depuis 15 jours. Aujourd’hui, je réussis à le convaincre de sortir pour aller nous promener en ville.

Nous allons manger un Cheese Steak dans un bouge sur Market St., avant de rejoindre le centre ville en remontant Market, clairsemée de mendiants, crack-heads, gangsta-boys et petites mémés chinoises avec leurs sacs de courses. K______ me raconte une anecdote salasse de lorsqu’il travaillait comme concierge dans un hôtel du quartier.
Nous trouvons un billet de 20 dollars sagement plié sur le goudron. « Donne-les au clochard » je lui dis, en montrant de la tête un type assis sur le trottoir qui crie dans notre direction. « Et puis quoi encore. Autant aller moi-même lui acheter du crack. »

Puis tout d’un coup, au tournant de 5th Street, c’est la marée humaine : Gap, Forever 21, Bank of America, le centre commercial, Sephora, T-Mobile, Urban Outfitters, H&M se gorgent et se dégorgent de jeunes gens et de touristes souriants. Nous avons rejoint la civilisation.
Il y a beaucoup de Français à San Francisco en ce moment, je le reconnais au premier coup d’oeil. Ils ont une expression différente sur le visage.

K______ et moi nous frayons un chemin jusqu’à Borders, la grande librairie au coin d’Union Square. Une copie d’Infinite Jest de David Foster Wallace est sur l’étagère des staff’s picks, les suggestions des employés.

Infinite Jest

De David Foster Wallace je ne sais sais rien si ce n’est que c’est un auteur de génie et que dans la tradition des auteurs de génie, il s’est suicidé. Étrange comme génie et dépression vont de paire. J’ai toujours voulu lire Infinite Jest, mais le truc a plus de 1000 pages. Ça n’intimide pas mon chéri.
Nous achetons Infinite Jest avec les 20$ fraîchement trouvés.

Tu veux faire quoi maintenant ? je lui demande.

Go home. I hate downtown.

Mission Rock

Hier soir, R_____ et M____ sont venus nous rendre visite de Los Angeles. Ce sont des amis que K______ a rencontré pendant ses études de cinéma. Nous avons acheté deux bouteilles de vin et je me suis assise avec eux, à les regarder échanger des souvenirs, se raconter leurs vies et leurs projets.

Puis sans trop savoir comment, nous avons atterri dans une sorte de rave party dans le quartier Bayview Hunters Point, organisée par Luke – un gars tout bizarre avec des dreadlocks blondes qui vit dans une salle de cinéma. Il a loué un club au bord de l’eau, Mission Rock, et l’a complètement transformé.

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Mission Rock, avant l’invasion.

J_____ nous a rejoint avec son ami John. À l’entrée, des gardes nous ont fouillé pour s’assurer que nous n’avions pas d’armes ou de drogue. Mais J_____ m’a expliqué que c’était des conneries. « Le dealer est à l’intérieur, et il a l’exclusivité. »
Le prix d’entrée était 20$, mais on pouvait entrer gratuitement si l’on venait avec un instrument de musique…. ou un arbre. M____ a cueilli une énorme branche en chemin vers le club, et nous sommes entrés sans payer. John avait des baguettes de batterie.

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Sur la terrasse faisant face à la baie, Luke avait installé trois tipis. Des musiciens jouaient à l’intérieur du plus grand. Sur la tenture d’un second tipi, un projecteur diffusait l’image d’un feu de bois. Des ravers complètement shootés en approchaient leurs mains pour s’y réchauffer, pendant que d’autrent dansaient aux rythmes émanant du tipi central.

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À l’intérieur du club, une soirée techno trash battait son plein ; mégots, capsules de bière et autres morceaux de tissus sales jonchant le sol. Des visages sombres, des masques menaçants. Nous nous sommes échappés à l’étage par le grand escalier. Là, c’était une autre ambiance, plus sympa, avec des ultraviolets des des lumières bleues et vertes. Lorsque nous sommes arrivés, le DJ jouait un garage remix de Ain’t No Sunshine When She’s Gone qui m’a beaucoup plu.

Je n’aurais jamais dû venir avec mes ballerines, ma petite robe noire et mon trench Ben Sherman. Les filles se promenaient nues ou avec des branchages et des peintures de guerre. Tatouages partout. Certaines d’entre-elles, plus vêtues, ressemblaient à des Ewoks avec leurs bottes et leur bonnets de laine. Des types peignaient une toile gigantesque avec des couleurs phosphorescentes dans l’obscurité du club, tout en dansant comme je n’ai jamais vu personne danser. Un gars avec une longue queue de raton-laveur sirotait une boisson étrange en parlant à une jeune fille dodue à la poitrine emprisonnée dans des lacets de cuir.

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K_____ m’a demandé si je voulais danser mais j’ai décliné car j’avais un peu peur de cette foule. Alors nous nous sommes assis sur la terrasse de l’étage, au milieu de dizaines de personnes en train de se peloter et de boire et fumer. Il faisait exceptionnellement doux cette nuit. K______ a trouvé une boîte de maquillage et nous nous sommes dessinés des peintures de guerre. Deux marques sous les yeux pour moi, deux sur le front pour lui. Puis un gars nous a jeté une poignée de paillettes dessus et nous avons étincelé toute la soirée. La bière de K______ était foutue.
De retour à l’intérieur, M____ a découvert une boite contenant plein de petites baguettes en plastique. « Lorsque tu les plies, elles se mettent à briller dans le noir. » Nous voilà en train d’agiter nos baguettes fluorescentes comme des enfants, révélant de jolis dégradés de bleu, violet, rose, et vert. J’ai vu un gars assis sur un sofa ; son tee-shirt avait un écran à senseurs et s’éclairait de barres vertes et oranges au rythme des beats de la musique. On aurait dit une vieille chaîne hi-fi.

À une heure du matin, J_____ et John ont voulu rentrer car toute cette folie ne les amusait plus. Nous avons couru dans la nuit, dans le quartier désaffecté, pour attraper le bus 22.
Le bus du retour à la civilisation.

Ce matin, il y avait encore des paillettes dans notre lit.

Photos: C______ K______.

Vue (surréaliste) d’une fenêtre

Il fait gris ce matin. Le ciel est uniformément triste et lumineux, presque aveuglant. De mon lit, je vois ce ciel gris traversé par quatre fils électriques. Quatre fils rapprochés, comme une portée de musique. Un pigeon s’est posé sur la ligne la plus basse. C’est un Fa.
Si d’autres pigeons le rejoignent, ils formeront une mélodie dans ma tête.

Au bas à gauche de ma fenêtre, je vois la cime d’un arbre. J’ignore de quelle variété il s’agit mais il fait de grosses fleurs magenta par paquets.
Ce matin, car j’ai vu un colibri butiner dans cet arbre. Il battait des ailes comme un petit insecte agité. Il n’y a pas de colibri en France, du moins, je ne me souviens pas en avoir vu dans le sud. Le colibri est pour moi un oiseau exotique. C’est drôle de l’observer dans cet environnement urbain.

Dans ma rue, il y a le parking d’un supermarché et un garage automobile. Quelqu’un a entassé des pneus sur le toit du garage. C’est moche, mais je ne vois pas tout cela de mon angle de vue.

D’ici, je ne vois qu’une portée de musique et un colibri danser de fleur en fleur.

Un matin

Il fait un temps magnifique ce matin. J’ai entrouvert la fenêtre de ma chambre pour me réveiller en douceur. J’aime voir le rideau de lin flotter et dévoiler un triangle d’azur.
Mon réveil ne sonnera pas aujourd’hui, c’est vendredi.

Un camion passe dans la rue ; j’entend les entrechocs de sa cargaison. Il y a un trou dans le goudron de la voie au bas de chez moi.

Dans la cuisine, K______ prépare des saucisses et des oeufs en écoutant Rise de Public Image Limited. L’odeur alléchante et le rythme me tirent de ma couette.

C’est juste un matin américain.

Promenade sur la Marina

Il faisait si beau cet après-midi que K______ et moi sommes allés nous promener sur la Marina, au nord de la ville. La Marina est le quartier le plus riche et snob de San Francisco. C’est là que vivent et s’affichent les blonds Californiens, avec leurs sacs Vuitton pour les dames et leurs polos Ralph Lauren pour les hommes. C’est le coin le plus Los Angeles de San Francisco. On y admire une succession de maisons d’architectes, certaines avec des murs de verre, des cerf-volants dans le ciel, et le Golden Gate Bridge à l’horizon.

À l’extrémité de la Marina, après le Yacht-club, un petit bras de terre s’étire et s’enroule sur la mer, nous conduit au Wave Organ. Le Wave Organ (l’orgue à vagues) est une des merveilles inconnues de San Francisco. Il s’agit d’une sorte d’amphithéâtre marin duquel surgissent de grands tubes de béton, comme des olifants, qui font écho au son des vagues.

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Sur le chemin du travail

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Catastrophes naturelles (réelles ou rêvées)

J’ai rêvé qu’il y avait un tremblement de terre, la nuit dernière. Dans mon rêve, j’étais réveillée en pleine nuit par une secousse. Je restais dans mon lit, terrifiée, priant pour que cela se calme, mais le désastre était sans fin. En face de moi, sur le mur, une sorte de cadran affichait la magnitude du séisme. Elle ne cessait de croître, passant de 5 à 6, puis à 7. Les portent battaient, les objets dans ma chambre s’entrechoquaient, mais tout était étrangement silencieux – comme dans un rêve – et l’appartement tenait bon.

Retour au calme.

À côté de moi, K______ dormait comme un bébé. Je l’ai réveillé pour lui dire, soulagée : « Je crois que nous venons de survivre au Big One« . Et à ce moment, le cauchemar devenait un rêve.
Si je survis au Big One, ça veut dire que je n’ai plus à avoir peur.

Le Big One, c’est le monstre souterrain de la psyché san franciscaine. C’est cet énorme tremblement de terre à venir, que tout le monde prétend ignorer, mais que chacun redoute.

Ce soir, en rentrant du travail, il s’est mis à grêler. Je n’avais encore jamais vu de grêle à San Francisco. C’est drôle, il ne faisait même pas froid. Là d’où je viens, dans le sud de la France, les grêlons atteignent parfois la taille de grosses billes (des oeufs de pigeons disait mon grand-père). Et si c’était pareil ici? Je me suis mise à courir, en faisant attention à ne pas glisser, et tout en courant, je voyais le goudron se blanchir et les grêlons grossir sous mes pieds. Alors que je traversais la rue au bas de mon appartement, la route et le trottoir étaient tapissés de petites billes glacées.

J’ai monté les escaliers deux à deux, et ouvert la porte de mon appartement pour me retrouver nez à nez avec K______ et son ami D__.
Ils sont venus m’accueillir? Comme c’est gentil.
Mais je leur ai trouvé un air bizarre.

Je crois qu’ils fumaient des joints en cachette sur l’escalier de secours à l’arrière de l’appartement. En contemplant le ciel orageux.

Happy Hours

Happy Hours à Palomino sur l’embarcadère, avec mes amis et collègues de Maîtrise. La terrasse offre une jolie vue de nuit sur le Bay Bridge enguirlandé.

Cranberry Mojito : 4$
Cabernet sauvignon : 4$
Pizza : 5$

Beaucoup d’alcool et de ragots, d’éclats de rires.
Quelques cigarettes, deux prénoms oubliés.
Plusieurs cas de driving under the influence.

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Goélands

J’ai reçu ma deuxième paie aujourd’hui : 1783 dollars, soit 1474 dollars after tax.
Au bureau, on entendait un bruit étrange, comme une plainte répétée venant de l’extérieur. Quelqu’un était-il malade dans la rue ?
Puis j’ai levé les yeux au ciel et j’ai vu, à travers la fenêtre du toit… une nichée de goélands en train de se la raconter.

J’oublie toujours que San Francisco est près de l’Océan.

Banana Cream Pie

Il fait un temps magnifique cet après-midi à San Francisco. K______ et moi sommes allés lire dans le Dolores Park. En arrivant dans le parc, je lui demande quelles sont les chances pour que nous rencontrions quelqu’un de notre connaissance. Il me répond 20%, puis se corrige: 30%. Sounds about right. Il a plu récemment. L’herbe est encore humide mais nous avons des serviettes de bain pour nous étendre. « Arrêtons nous ici, » je lui suggère. Plus loin, c’est le coin gay ; des centaines de mecs torse nu se prélassent, en train de se passer de la crème solaire et de se mater.

Allongés dans l’herbe, K______ me lit l’introduction du roman De Sang Froid de Truman Capote, puis il m’explique le genre littéraire. J’aime sa voix, grave et chaude. Les gens lui disent souvent qu’il devrait doubler des films. Pourquoi pas, on est fauchés.
Trois chiens courant à fond train près de nous nous tirent de notre rêverie : un petit chien de chasse, un jeune staff gris-souris, et un caniche géant tout tondu. Le caniche est drôle, un peu ridicule. Maxime Le forestier doit avoir écrit San Francisco en référence au Dolores Park.

Plus tard, en quittant le parc, un groupe de jeunes gens assis dans l’herbe nous hèle. Ce sont des amis cinéastes de K______, dont M____, la réalisatrice russe dont il me parle souvent. Je ne l’avais encore jamais rencontrée. Il me présente, discute avec eux du tournage puis s’excuse.

Une terrasse de café sympa retient notre attention sur le chemin du retour, 18th Street et Guerrero. Une jolie hispter brune prend des notes à une table, près de sa tasse de café noir. Deux hommes partagent la lecture d’un journal en dégustant des pâtisseries qui m’ont l’air très françaises. Plus loin encore, un couple chic et leur petit garçon agité, se parlent autour de 3 assiettes vides. Une femme qui a entrouvert son trench-coat pour profiter du soleil lit un roman dont je ne distingue pas le nom.
Ce café est une image du bonheur. Il me rappelle Paris, moins le froid.
« Est-ce que c’est Tartine? » je demande à K______ « J’ai beaucoup entendu parler d’un salon de thé nommé Tartine dans le quartier. »
Oui, c’est Tartine.
« Let’s get in« , me lance K______, très informé de mes idées de régime et n’approuvant guère. Je ne sais pas dire non.
La minute d’après, nous sommes ce jeune couple en terrasse dégustant une banana cream pie.

« C’est trop bon » dis-je à K______ Je sais que j’ai des étoiles dans les yeux.

« Oui » me répond-il. Et il plante généreusement sa fourchette dans la petite tarte qui se brise et dévoile ses entrailles de morceaux bananes et de caramel-chocolat fondu.

Demain, c’est juré, je me met au régime. Vous allez en entendre parler.

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