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Couleurs Locales

K. et moi sommes enfin installés. Nous avons presque tout ce qu’il nous faut : une chambre sympa et un joli salon meublés, une minuscule salle de bain (très mignonne) et une grande cuisine (plutôt moche). Il nous reste juste à acheter un buffet de rangement pour la cuisine, car pour le moment, nous entassons tous nos plats dans un grand carton caché sous la table.

Notre quartier, le Mission, est très agréable et ensoleillé. C’est là que bat le coeur créatif de San Francisco: peintres, musiciens, cinéastes… Il y a aussi beaucoup de pauvreté, des gangs mexicains, de la drogue… Le Mission est brutalement hétéroclite.

J’habite au croisement de 14th Street et Folsom. C’est une zone industrielle en train de se gentrifier. Il y plusieurs supermarchés et primeurs, quelques restaurants, beaucoup de parkings, de garages et d’entrepôts aux façades couvertes de graffiti.

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À quelques blocs de là, le croisement de 16th Street et Mission est le plus terrible du quartier, peut-être même de la ville. Gangs et dealers traînent à la sortie du BART (l’équivalent du RER parisien). On y vend et fume du crack.
Pour se procurer de la drogue, certains entrent dans le trafic de tickets de bus. Les tickets valent 2$ à l’unité. Ils sont datés du jour même, et affichent l’heure jusqu’à laquelle ils restent valides. Souvent, près des arrêts de bus, un type en guenilles vous accoste pour vous échanger un ticket contre quelques cents. Les tickets volés le matin doivent être écoulés au cours de la journée.
Il y a aussi des clochards, poussant leur caddie empli de couvertures pisseuses et d’autres saletés, criant à tue-tête des phrases saugrenues. Parfois, on les voit se traîner sur des chaises roulantes, semi-gangrenés et mourants. C’est le tiers-monde.
J’essaie toujours d’éviter 16th Street et Mission lorsque je vais travailler. Le bureau se trouve sur 17th Street et Mission, juste un bloc au sud de cette misère.

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De l’autre côté de Mission Street, au croisement de Valencia et 18th Street, fleurissent antiquaires, jolies boutiques de vêtements, librairies et cafés / restaurants. La nourriture est délicieuse et pas chère. La population est déjà très différente. Il y a beaucoup de hipsters dans le Mission.
Les hipsters, ce sont ces jeunes professionnels San Franciscains ou New Yorkais qui s’intéressent à la mode et à la culture underground, comme la musique alternative, le rock ou les films indépendants… et les films français : Ah, Godard! Ah, la nouvelle vague!
Les hipsters sont presque devenus une caricature d’eux même. Il s’habillent pareil (jean noir slim et chemise à carreaux, tatouages bon-enfant), écoutent la même musique sur leurs même iPods, et discutent des concerts à venir et des plus belles boucles de ceinture qu’ils ont jamais portées. Ce sont ceux qui véhiculent la culture et permettent aux groupes et artistes inconnus de survivre et peut-être, un jour, de percer. Avoir des hipsters dans son quartier, c’est plutôt bon signe.

À quelques pas de Valencia se trouve le Dolores Park, sur le flanc d’une colline. Au printemps, amis et amoureux y viennent lire, pique-niquer, ou jouer au frisbee avec leur chien. Par temps clair, il y a une vue époustouflante sur le centre de San Francisco.
Soleil. Palmiers. C’est la Californie.

J’aime notre quartier. J’aime y vivre, mais il faut savoir y vivre.
K. est à San Francisco depuis 15 ans. Il a habité dans tous ses quartiers et sait gérer toutes les situations urbaines. Il m’explique et me décode les événements, les gens. Il me protège, aussi. C’est mon héro.

La Balance

Depuis hier, il y a une jolie balance de verre dans notre chambre. Je monde dessus et elle m’affiche [123.00] livres, soit 55.80 kg. Ce sont deux livres de moins que le mois dernier. Le déménagement m’a plutôt bien réussi. Mon but est de ne peser que 115 livres, soit 52kg, avant le 1er avril. Je me demande combien de temps il faut pour perdre 4kg sans se forcer. Un mois, deux peut-être?

Première Paie

J’ai reçu ma première paie hier: 1491 Dollars. Le taux de change actuel est $1,36/€. Faites le calcul, ça ne fait pas grand chose. En plus, ce mois-ci je n’ai pas encore le statut d’employée (je suis une contractor) donc je dois mettre 15% de côté pour les impôts… C’est ma première rencontre – brutale – avec les impôts. Heureusement, je suis désormais presque à temps complet. Ma prochaine paie devrait donc être plus importante.

J’ai mis de l’argent de côté pour le loyer de mars, et j’ai rédigé mon budget pour février dans Excel. C’est la première fois que je rédige un budget. Ça devrait m’aider.

Lorsque je faisais mon MBA, ma famille et mes amis me demandaient parfois: « comment ça se fait que tu n’aies jamais d’argent alors que tu es en finance? » Ce à quoi je répondais: « les gens en finance sont souvent des gens attirés pas l’argent parce qu’ils n’en n’ont jamais eu. Donc statistiquement, si tu es un étudiant en finance, les chances sont bonnes pour que tu ne saches pas gérer ton fric. »
Mais ça c’est fini. Maintenant je fais de la compta; tout le contraire. Les gens en compta sont des gens qui aiment compter, classer, tout mettre dans des boîtes. Et ces gens là savent tenir leur budget. J’ai même décidé d’acheter un petit cabinet pour y ranger mes factures (téléphone, Internet, PG&E…) et mes fiches de paie. Du jamais vu.

Vierge folle.
Vierge sage.

Aller, à la douche ! Je vais aller flâner dans les antiquaires de Valencia Street.

Nouvel appartement !

Talaa ! Je suis de retour. Un énorme colis m’attendait sur le pas de ma porte ce soir en rentrant du travail: mon modem Comcast (et son routeur sans fil Netgear). J’ai passé une heure à tout assembler en plus ou moins lisant la notice en anglais / espagnol… avant de me rendre compte qu’il fallait vraiment lire toute la notice…
J’ai Internet maintenant. Plus besoin de traîner par terre dans le couloir (comme je faisais dans mon ancien appartement) pour capter un réseau médiocre et lointain.

K. travaillait jusqu’à 10 heures ce soir. Il s’occupe du matériel dans le département de cinéma de son école. J’en ai profité pour vider les cartons restants, descendre les poubelles et faire des courses. Notre appartement commence à ressembler à quelque chose de sympa, à ceci près que:
- Nous dormons sur un matelas par terre (le cadre de mon lit ne rentrait pas dans la camionnette de JB donc nous avons dû l’abandonner dans mon ancienne chambre),
- Nous n’avons pas encore de table dans la cuisine,
- Ni de chaises, ni de meuble de rangement…
- Et je ne pense pas que le patron du Sundance Coffee m’appellera un jour pour me vendre son joli fauteuil.

Demain, vendredi, je ne travaille pas. J’ai prévu d’aller me promener dans le quartier Mission où il y a plusieurs antiquaires. Aussi, samedi, mon ami J. a promis de m’emmener à Ikea. Il a un super 4×4 comme tout Américain qui se respecte, et il est républicain.
J’ai rencontré J. pendant mon MBA. Il faisait des blagues racistes sur les Français et on s’est tout de suite entendus. J. est aussi en couple avec une des mes meilleures amies à San Francisco, Jh. Son initiale est aussi J mais je l’appellerai Jh pour la différencier. Jh. est Iranienne, ce qui offre des possibilités de discussion illimitées avec J…

Je posterai des photos de mon appart très prochainement. K. vient juste de rentrer, je vais l’accueillir.

Je suis aux anges !

Post Scriptum:

Il est 22H22, mon heure préférée de la journée.

Enfin!

Demain est le grand jour! À 11H00, K______ et moi commençons à charger mes meubles et mes affaires dans la camionnette de J__, son ami. À 12H30, nous avons rendez-vous à l’appartement avec la propriétaire, pour passer en revue les lieux et recevoir les clés. Puis nous irons chez K______, chercher ses affaires, et passerons le reste de la journée à ouvrir les boîtes, mettre de l’ordre dans le désordre, et à courir partout comme chez le serrurier ou à la laverie et je ne sais où.

Voici quelques photos de la chambre que je quitte. Ce sont de vieilles photos faites avec mon téléphone. On ne voit pas mon lit (tout noir), ni l’immense photo encadrée de Buzz Aldrin marchant sur la Lune. On ne voit pas non plus Billie Holliday et la repro de Bonnard, Table Set in a Garden.

Mais on voit bien: mon garde-robe, Sixtine (la fougère) qui se cache derrière la lampe. On aperçoit même Horatio, le petit cactus, sur la coiffeuse.

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Et ici, sur la petite table de bois, Théodore est à gauche et Franklin à droite. Au milieu, le beau tournesol que K. m’avait offert. J’adore les tournesols! Mais c’est tellement triste de les voir faner après une semaine…

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Depuis hier, tout est vide. Il n’y a plus rien ni sur la table, ni sur la coiffeuse, et je vois le fond du placard. Les boîtes empilées ont atteint des hauteurs menaçantes!!

Je ne sais pas si j’aurai accès à internet immédiatement après mon déménagement. Peut-être saurai-je convaincre les voisins (deux jeunes Mexicains en coloc) de partager leur connexion avec nous? Je ferai mon possible pour être de retour au plus tôt.

En fait, je profiterai de ces quelques jours d’absence pour commencer mon régime. Je ne tiens pas particulièrement à assaillir ce blog de considérations caloriques, bien que cela me trotte dans la tête… Comme je le mentionnais dans un article précédent (ou pas), je fais en ce moment 125 livres (soit presque 57kg) pour 1m63. J’aimerais ne peser que 117 livres (53kg), et je veux profiter de l’élan que me donne le déménagement pour me secouer!

Quelques idées:
- Ne plus être triste le soir, maintenant que je vais vivre avec K______.
- Ne plus angoisser pour l’avenir: j’ai tous mes diplômes et un travail qui me plaît.
- Boire davantage, surtout le matin au réveil.
- Ne plus manger au restaurant (ça tombe bien, on a besoin d’économiser).
- Trouver un club de gym dans le quartier. Et y aller.
- Et tricoter (maintenant que je sais) au lieu de grignoter lorsque je m’ennuie!

Voilà. Je veux me sentir légère avant l’arrivée du Printemps!

Bon déménagement.
À très très très bientôt!

Insomnie #2462

Un bruit m’a réveillée à 1H40 du matin, et depuis j’erre dans ma chambre et sur internet comme un fantôme. Dans ma rue, Divisadero, un groupe de jeunes s’agite. L’un d’eux crie comme un singe: « Oh. Oh. Oh. Oh. Oh. » Je me demande ce qu’il entend par là. Les derniers bars et restaurants sont en train de fermer: Nopa, Zyriab, Waziema…

Mon voisin du dessus doit être triste et amoureux, il écoute en boucle de la pop romantique. Je reconnais une chanson, Chasing Cars de Snow Patrol.

À 3H20, je ne dors toujours pas. Je me mets à lire les Missed Connections de Craigslist. Il y en a parfois de touchantes, comme celle-ci que j’ai copié-collé dans mon ordinateur il y a quelques mois:

Location: Van Ness Underground Station. You: smoking hot, to the point of intimidation – pursed lips, great outfit. Me: Black sweater, red shoulder bag, dark jeans. We made eyes when I got onto the platform – there was a train delay – it was crowded. You were the last to get into a packed car going inbound, and before the doors closed motioned for me to join you. I squeezed in and the doors shut, leaving us literally jammed together, face to face. We both had ear phones in, but stared directly at each other, neither person backing down. The train moved suddenly and you grabbed a hold of me as to keep you balance….then you didn’t let go. It was ridiculously hot; no words, just you holding me close, looking at each other, smelling each other. My thigh slid between your legs and my hand cradled the small of your back. We were surrounded by people but shared a moment of such intimacy that I’ll remember the rest of my life. You got off at the next stop and just walked away…

Je me demande s’ils se sont retrouvés…

K. m’envoie un texto. Je me faufile sous la couette pour le lire en secret:

I’m gonna use my drawers to transport my clothes. I have lives in drawers. I want to put my things near yours.

Mon poète, mon animal nocturne… J’ai tellement hâte de vivre avec lui.
Il n’y a pas d’insomnie dans ses bras.

Coup de Coeur

Hier matin, mon bus m’a déposée au travail trop tôt. Il faisait froid et je suis entrée dans un petit café sur Third Street et 20th Street pour passer le temps et me réchauffer. Sundance Coffee. Ce fut le coup de foudre, l’amour au premier regard! À côté de la porte des toilettes, là où personne n’y fait attention, siégeait un fauteuil de bois avec un tissu blanc fleuri. Une jolie bergère dont j’ai pris la photo dans un élan de folie:

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Ce fauteuil a été dessiné pour moi. Il sera trop beau dans mon nouvel appartement! Ma nouvelle chambre est trop petite pour accueillir de grands meubles, mais il me faut cependant la décorer.
J’ai couru au comptoir pour demander si la bergère était à vendre, un peu gênée bien sûr (c’est le seul mobilier de caractère du café). Le garçon, un trentenaire barbu et légèrement paumé, m’a dit qu’il devait demander au patron, absent aujourd’hui. Alors je lui ai laissé mon nom et mon numéro de téléphone.

J’espère que le patron va me rappeler…
Il me la faut! Il me la faut! J’en rêve la nuit*

Lost in Translation

Oui, il fallait bien un titre comme celui-ci: je déménage dimanche matin. C’est un peu dérangeant de n’être déjà plus là où l’on est, mais pas encore là où on va. Il y a des boîtes partout dans ma chambre, qui n’est plus ma chambre que pour deux nuits. C’est G., un ami de K. qui emménage à ma place.

Il me reste encore quelques boîtes à faire, pour mes vêtements, mes serviettes de bain et produits de beauté, mes ustensiles de cuisine, et mes 5 plantes vertes:
- Théodore la plante grasse,
- Franklin la plante vierge,
- Sixtine la fougère (la seule fille),
- Gérald l’autre fougère,
- et Horatio le cactus.

Mon travail me plaît. J’avais rendez-vous avec des clients cet après-midi; la première fois que je rencontre des clients sans la supervision de mon patron. Je leur en ai mis plein la vue avec mes financial statements, return-on-investment et autres customer price-elasticity et corporate loan agreements. À un moment, mon esprit s’égare et je me vois, confiante, en train de parler à ces gens, de les conseiller. Je me rends compte de combien mon MBA m’a servi et transformée.

Nous avons aussi parlé de la vie à San Francisco. La plupart des gens qui vivent à San Francisco n’y sont pas nés, alors on se raconte d’où l’on vient, pourquoi on est venu, combien de temps on a vécu ici… Je suis du Sud de la France, lui vient de Hawaii, elle de Corée.

Dans le centre commercial où nous déjeunons il y a une pluie d’eau artificielle, comme une cascade de rosée, qui tombe dans un petit lac encerclé de plantes. Je me demande si les enfants y courent patauger dès que leurs parents tournent le dos un instant… et en reviennent tout trempés, fiers et honteux.

En rentrant « chez moi » ce soir, j’ai acheté un pot de glace au chocolat et aux chamallows. Petite déprime. Je n’aime pas déménager. J’aime le résultat des déménagements – un endroit nouveau, un endroit meilleur – mais déménager est toujours épuisant, physiquement comme psychologiquement.
Je jette le pot de glace à moitié plein dans la poubelle de ma chambre.

Tout va bien se passer.
J’ai hâte.

Cinéma et galère

Aujourd’hui, K. a obtenu un stage à la San Francisco Film Society. Il va s’occuper de l’allocation des bourses et subventions aux jeunes réalisateurs de la Baie. Quant à moi, j’ai un nouveau client dont je vais être le comptable/consultant. Il s’agit d’une société à but non lucratif (nonprofit corp) qui initie au septième art des adolescents défavorisés. Ils apprennent à écrire et tourner de petits films pour raconter leur histoire, des histoires. La société a aussi sa propre compagnie de production. Ce sont des gens passionnés et j’ai hâte de travailler avec eux.

Je reçois ma première paie la semaine prochaine, environ $1300. Le chèque couvrira tout juste notre loyer. En attendant, il y a $27 sur mon compte, et K. a probablement moins encore. J’ai dû payer sa facture de téléphone avec ma carte de crédit. Son stage n’est pas payé donc il va devoir trouver un travail à temps partiel si on veut s’en sortir ce semestre.

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